Les têtes étaient posées sur des robes de castor, la plupart sans chevelure. le missionnaire avait un genou en terre, une flèche dans le côté, le sein ouvert, sa main gauche contre terre, sa main droite élevée. Le Sr de La Vérendrye était couché sur le ventre, le dos ciselé a coups de couteaux, une houe enfoncée dans les reins, sans tête, le corps orné de jarretières et de bracelets de porc-épic...
Gouverneur général Beauhanois

Le massacre du Lac des Bois


À l'automne de 1735, La Vérendrye envoya au fort Maurepas le peu de vivres qui lui restait dans ses réserves au fort Saint-Charles. Le reste des ravitaillements devait arriver par canot de Montréal, mais à cause de fausses manœuvres par les associés de La Vérendrye, les canots restèrent au Grand Portage du lac Supérieur. À la fin de l’hiver, les forts de La Vérendrye étaient dégarnis de tout : vivres, marchandises de traite, poudre noire pour la chasse. La Vérendrye décida d'envoyer trois canots « forts de monde » à Kaministiquia, puis à Michilimackinac, pour chercher des secours.

Les canots étaient à demi chargés de fourrures pour aller plus vite. Le Père Aulneau demanda d'accompagner le convoi et insista que Jean-Baptiste La Vérendrye soit à la tête de l'expédition. Le 5 juin 1736, trois canots chargés de sept hommes chacun partirent en vitesse par le chemin le plus court.

Les Sioux des Prairies, tribu de guerriers belliqueux, cherchaient un groupe de Cris, leurs ennemis jurés. Le parti de Sioux avait été signalé et La Vérendrye avait bien averti son fils d'être sur ses gardes. Deux jours auparavant, ce même groupe avait attaqué le sieur Bourassa sans raison apparente; celui-ci avait eu la vie sauve. En réponse à la question sur le motif de leur attaque, les Sioux répondirent qu'ils ne reconnaissaient personne sur leur chemin, ce qui voulait dire qu'ils tuaient pour le plaisir de tuer. C'était en effet leur habitude d'attaquer n'importe qui quand ils étaient en expédition de guerre.

N'ayant pas pu trouver les Cris, les Sioux se jetèrent sur les Français, qui s'étaient arrêtés « sur une petite île, à sept lieues du fort » et les massacrèrent jusqu'au dernier. Ce ne fut pas sans dur combat, et l'ennemi subit des pertes importantes. En effet, le 18 août, La Vérendrye raconte que deux canots français furent trouvés avec des paquets pourris et plus de vingt canots sioux attachés deux à deux, dans lesquels il y avait beaucoup de sang, ainsi que des membres d'hommes enterrés dans le sable. Le troisième canot français fut trouvé dans l’ile, qui fut nommé l'Île au massacre par la suite. Tout semblait indiquer qu’après avoir surmonté leur surprise initiale, les Français avaient opposé une résistance acharnée.

La Vérendrye avait donc perdu son fils Jean-Baptiste, qui lui servait de lieutenant, ainsi que son missionnaire, le sieur Joseph Cartier et tous ses meilleurs hommes. Les ossements furent ensevelis sous la chapelle du fort Saint-Charles.

Le sieur de Saint-Pierre, commandant du Poste des Sioux au lac Pépin, bien au sud du fort Saint-Charles de La Vérendrye, avait entendu parler du massacre. Les nouvelles ne l’avaient pas surpris; quelques mois auparavant, en mai, les Sioux avaient tué deux Français et levé leurs chevelures le long du Mississippi.

Le 17 septembre 1736, un chef sioux vint au Poste des Sioux accompagné de trois jeunes guerriers. Il portait un cachet d'argent à son oreille, Le sieur de Saint-Pierre, ayant reconnu le cachet qui était celui du père Aulneau, lui demanda d'où il venait. Le chef amérindien ne répondit rien et se mit à rire. Saint-Pierre lui arracha le cachet avec un morceau d'oreille et lui reprocha son audace, puis il le fit mettre dehors. Ce fut le début du harcèlement du Poste des Sioux qui mena à l'abandon du poste le 30 mai 1737.

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